Dinosaures

Ampelosaurus

Ampelosaurus atacis — Le titanosaure des vignes de l'Aude, géant français… et peut-être plusieurs

Dinosaure · Herbivore · Sauropode titanosaurien · Haute vallée de l'Aude (France) · Crétacé supérieur, Maastrichtien inférieur (~72 à 71 millions d'années)

Reconstitution d'un Ampelosaurus de profil, sauropode titanosaurien au long cou et à la queue épaisse, le dos, les épaules et les hanches parsemés de plaques osseuses et de courtes épines, debout sur une fine bande de sol de plaine alluviale
Reconstitution de l'Ampelosaurus atacis. Les plaques osseuses épineuses ne sont connues que par quelques exemplaires trouvés isolés : leur nombre et leur disposition sont ici un parti pris de dessin, pas une donnée fossile. La couleur est imaginée.

Il existe en France un dinosaure dont le nom évoque un terroir viticole. Dans la haute vallée de l'Aude, au pied des Pyrénées, à quelques kilomètres des coteaux de la blanquette de Limoux, une ferme nommée Bellevue cache dans ses marnes rouges l'un des gisements de dinosaures les plus riches d'Europe. En 1995, le paléontologue Jean Le Loeuff y a baptisé un grand sauropode : Ampelosaurus atacis, le « lézard de la vigne » de l'Aude.

Trente ans plus tard, l'Ampelosaurus est l'un des dinosaures les mieux connus du sol français — un squelette monté à Espéraza, plus de 1 400 restes de dinosaures sortis du même gisement, des plaques osseuses hérissées d'épines, l'un des rares titanosaures européens dont on possède un morceau de crâne. Et pourtant, il est aussi au cœur d'une enquête toujours ouverte. Car à mesure que les fouilles avançaient, les paléontologues ont compris que le gisement de Bellevue n'abritait pas un titanosaure, mais plusieurs. Ce qu'on appelle « Ampelosaurus » depuis 1995 pourrait bien être, en partie, un assemblage d'espèces différentes. Voici l'histoire d'un géant français qu'on croyait connaître.

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Un titanosaure de taille moyenne

L'Ampelosaurus appartient aux titanosaures, le dernier grand groupe de sauropodes, celui qui a régné sur les terres du Crétacé et produit les plus grands animaux terrestres de tous les temps, comme l'Argentinosaurus de Patagonie. Comme eux, il marchait sur quatre piliers, la tête portée au bout d'un long cou, la queue en balancier. Comme beaucoup de titanosaures, il avait des membres très écartés — une « voie large » que trahissent les pistes fossiles du groupe — et des mains réduites à un fer à cheval de métacarpiens verticaux.

Mais il était loin d'être un géant record. Les premières estimations, publiées par Le Loeuff en 1995, donnaient une quinzaine de mètres. Les reconstitutions plus récentes restent dans le même ordre de grandeur : environ 14 à 16 mètres pour les plus grands individus, et une masse de l'ordre de 8 à 10 tonnes. Des chiffres qu'il faut prendre pour ce qu'ils sont : des extrapolations à partir d'os isolés, qui dépendent fortement de la méthode choisie.

Comparaison de taille en silhouettes noires entre un Ampelosaurus d'environ 14 mètres et un humain adulte de 1,80 m
Comparaison de taille entre un grand Ampelosaurus (environ 14 m) et un adulte humain de 1,80 m. Un sauropode « moyen » — trois fois plus court qu'un Argentinosaurus, mais près de trois fois plus long que le Magyarosaurus nain de Roumanie.
🔬 Honnêteté — combien mesurait-il ?

Le plus grand fémur connu à Bellevue mesure environ 1,10 m, selon l'étude histologique de Nicole Klein et de ses collègues publiée en 2012 — bien plus que les 80 cm du plus grand fémur alors cité dans la littérature. C'est sur des os de ce genre que reposent les estimations de taille. Une étude de 2022 (Vila et ses collègues, dans Nature Ecology & Evolution) attribue au plus grand individu une longueur proche de 14 mètres pour une dizaine de tonnes, d'après les données relayées de ses annexes ; le guide de Gregory Paul (2016) retient environ 16 m et 8 t. Mais un problème de fond pèse sur tous ces calculs : si plusieurs espèces de titanosaures sont mélangées dans le gisement, rien ne garantit que le plus grand fémur appartienne bien à l'Ampelosaurus.

Bellevue : une ferme, un chasseur et des marnes rouges

Les dinosaures de la haute vallée de l'Aude ne sont pas une découverte récente. Dès la fin du XIXe siècle, le naturaliste Paul Gervais signale deux vertèbres trouvées sur la commune de Fa. Au début du XXe siècle, d'autres os sortent de terre à Campagne-sur-Aude, puis retombent dans l'oubli.

Le vrai départ date de 1981 : un chasseur ramasse un os fossile près de la ferme de Bellevue. L'année suivante, deux passionnés de la région, Pierre Clottes et Christian Raynaud, retrouvent le gisement et récoltent en surface des vertèbres de queue et des os de membres. Ils publient leurs premières observations en 1983 dans le bulletin de la Société d'études scientifiques de l'Aude. En 1989 commencent les fouilles professionnelles. Elles ne se sont, pour ainsi dire, jamais arrêtées.

Le gisement est un bonebed : une accumulation d'os, la plupart désarticulés, mêlés dans une couche de marnes rouges. Il se trouve à environ trois kilomètres au sud-ouest d'Espéraza, à la base d'un ensemble que les géologues appellent les Marnes rouges de la Maurine. Une étude magnétostratigraphique publiée en 2016 par Vicente Fondevilla et ses collègues — qui lit dans les roches les inversions passées du champ magnétique terrestre — place le gisement au début du Maastrichtien, il y a environ 72 à 71,5 millions d'années — soit cinq à six millions d'années avant la chute de l'astéroïde qui mettra fin au règne des dinosaures. C'est l'âge retenu par l'équipe qui révise aujourd'hui le gisement, même si un résumé de congrès de 2025 le qualifie de « Campanien supérieur » : la datation fine n'est pas totalement figée.

Affleurement de marnes rouges stratifiées dans la haute vallée de l'Aude, au pied de collines boisées
Les Marnes rouges de la Maurine, dans la haute vallée de l'Aude : c'est à la base de cet ensemble de couches que se trouve le gisement de Bellevue. Ces sédiments rouges sont les restes de plaines d'inondation où serpentaient des rivières, il y a quelque 71 millions d'années. Photo : Taxon34 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

1995 : le « lézard de la vigne »

C'est à partir de ce matériel que Jean Le Loeuff, paléontologue attaché au Musée des Dinosaures d'Espéraza, publie en 1995 dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences une description préliminaire d'un nouveau titanosaure. Il le nomme Ampelosaurus, du grec ampelos, « la vigne » — clin d'œil aux vignobles qui entourent le site — et atacis, d'après l'Atax, le nom latin de l'Aude.

Le spécimen type, l'holotype, est modeste : trois vertèbres du dos encore articulées, numérotées MDE-C3-247. Le reste — vertèbres du cou et de la queue, os des membres, dents, plaques osseuses — est rattaché à l'espèce parce qu'il provient du même gisement et semble appartenir au même type d'animal. Une monographie plus complète suit en 2005, dans un ouvrage collectif américain consacré aux sauropodes : Le Loeuff y décrit notamment un arrière de crâne et un fragment de mâchoire inférieure.

Trois vertèbres dorsales fossiles articulées d'Ampelosaurus atacis, holotype MDE-C3-247
L'holotype d'Ampelosaurus atacis (MDE-C3-247) : trois vertèbres du milieu du dos, encore articulées. C'est à ces seuls os que le nom est attaché au sens strict — un détail qui pèse lourd dans les débats actuels. Photo : Taxon34 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
✦ Pourquoi l'holotype compte

En nomenclature zoologique, un nom d'espèce est attaché à un spécimen de référence, l'holotype. Tous les autres os ne sont « de l'Ampelosaurus » que par attribution : on juge qu'ils appartiennent au même animal. Dans un gisement où un seul titanosaure est présent, ce raisonnement est raisonnable. Dans un gisement où il y en a plusieurs, chaque attribution devient une question. Si un os du cou appartient en réalité à une autre espèce, il ne dit plus rien de l'Ampelosaurus — et peut même fausser son portrait.

Un dinosaure cuirassé ?

Ce qui a rendu l'Ampelosaurus célèbre, ce sont ses ostéodermes : des os formés dans l'épaisseur de la peau, comme les plaques d'un crocodile. Chez les sauropodes, on ne les connaît guère que chez les titanosaures. En 1994, avant même que l'animal ait un nom, Le Loeuff et deux collègues décrivent dans la revue Gaia un « titanosaure cuirassé » du sud de la France, à partir de plaques trouvées à Bellevue.

Quatre ostéodermes sont rattachés à l'Ampelosaurus en 1995. Ils mesurent de 25 à 28 cm de long et associent une base enfoncée dans le derme à une partie saillante, le « bulbe », qui peut être plat, bombé ou creux. L'un d'eux porte une épine conique d'environ 12 cm de haut. De quoi imaginer un sauropode hérissé de pointes, et c'est ainsi qu'il a longtemps été dessiné : une double rangée d'épines courant du cou au bout de la queue.

Ostéoderme fossile d'Ampelosaurus exposé au Musée des Dinosaures d'Espéraza, plaque osseuse ovale à surface bombée
Un ostéoderme attribué à l'Ampelosaurus, exposé au Musée des Dinosaures d'Espéraza. Ces plaques, formées dans la peau, ont été trouvées isolées : leur appartenance à l'Ampelosaurus plutôt qu'à un autre titanosaure du gisement n'est pas démontrée. Photo : Jens Lallensack / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

La réalité est plus sobre. Ces plaques ont été trouvées isolées, jamais en connexion avec un squelette : on ne sait ni combien l'animal en portait, ni où elles se trouvaient. Leur attribution même à l'Ampelosaurus est incertaine, puisque d'autres titanosaures vivaient au même endroit. Et chez le Rapetosaurus de Madagascar, l'un des rares titanosaures dont des ostéodermes ont été trouvés avec le squelette, ils étaient peu nombreux : quelques grandes pièces dispersées, pas une carapace.

🔬 Le saviez-vous — une armure qui servait de garde-manger ?

À quoi servaient ces plaques ? Pas forcément à se défendre. En 2011, Kristina Curry Rogers et ses collègues ont décrit deux ostéodermes trouvés avec des squelettes du titanosaure malgache Rapetosaurus. Le plus grand, d'un volume estimé à près de 10 litres, est creux sur plus de la moitié de son volume. Les auteurs ont proposé que ces grosses plaques creuses aient pu servir de réserves de minéraux — du calcium mobilisable, par exemple, pour des femelles produisant de nombreux œufs, dans des milieux pauvres. C'est une hypothèse, pas une certitude, et elle concerne un cousin éloigné. Mais elle rappelle qu'un os de la peau n'est pas forcément une arme. Le Loeuff lui-même doutait, dès 1995, que les épines de l'Ampelosaurus aient eu un rôle défensif.

Le squelette d'Espéraza et le mystère « Eva »

En 2001, les fouilles de Bellevue livrent ce que l'on attendait depuis le début : un squelette partiellement articulé, d'environ dix mètres, accompagné d'un crâne presque complet quoique désarticulé. Il est surnommé « Eva », d'après le prénom de l'étudiante qui en a dégagé les premiers os, selon les récits publiés par l'association Dinosauria. Son extraction se prolonge jusqu'en 2006. C'est l'une des pièces les plus complètes jamais trouvées pour un dinosaure de cette taille en France.

Le Musée des Dinosaures d'Espéraza expose un squelette monté d'Ampelosaurus, que les visiteurs peuvent voir dans la salle principale. Il faut le regarder pour ce qu'il est : une reconstitution, assemblée à partir d'os de plusieurs individus et de parties restituées. Sa tête en particulier, garnie d'une rangée de dents impressionnantes, relève largement de l'hypothèse — le crâne de l'Ampelosaurus n'est connu que par fragments.

Squelette monté d'Ampelosaurus au Musée des Dinosaures d'Espéraza, cou dressé vers le plafond de la salle
Le squelette monté d'Ampelosaurus du Musée des Dinosaures d'Espéraza. Une reconstitution composite : la tête, en particulier, est en grande partie restituée. Observez les mains, réduites à des colonnes de métacarpiens, sans doigts libres — un trait des titanosaures évolués. Photo : Jens Lallensack / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

« Eva », elle, attend toujours sa description scientifique. Et c'est peut-être elle qui réserve la plus grande surprise : une étude préliminaire de sa mâchoire inférieure, présentée en 2025 au congrès de l'Association européenne des paléontologues des vertébrés (Sellés et ses collègues), suggère qu'elle se nourrissait plutôt dans les strates moyennes de la végétation, alors que l'Ampelosaurus « classique » aurait brouté plus haut. Deux manières de manger : ce n'est pas, à lui seul, la preuve de deux espèces, mais c'est un indice de plus qu'Eva et l'Ampelosaurus « classique » pourraient ne pas être le même animal. Il s'agit d'un résumé de congrès, pas encore d'un article publié.

Plusieurs titanosaures dans le même gisement

Le doute ne date pas d'hier. Dès 2013, une étude des dents de sauropodes du sud-ouest de l'Europe (Díez Díaz, Tortosa et Le Loeuff) concluait que les dents de Cruzy, dans l'Hérault, longtemps rapprochées de l'Ampelosaurus, appartenaient probablement à un autre animal. D'autres attributions ont été défaites en Provence et en Espagne : des fémurs, des dents, une boîte crânienne provisoirement nommée « Ampelosaurus sp. » en 2013 dans le gisement espagnol de Lo Hueco. Le sud de l'Europe, à la fin du Crétacé, abritait manifestement une diversité de titanosaures bien plus grande qu'on ne le pensait dans les années 1990.

Le cœur du problème est à Bellevue même. En 2021, une équipe menée par Verónica Díez Díaz, en décrivant un nouveau titanosaure provençal, signale qu'un second titanosaure est présent dans le gisement de l'Aude. En 2023, Bernat Vila, Verónica Díez Díaz, Albert Sellés et Jean Le Loeuff présentent au congrès de l'Association européenne des paléontologues des vertébrés les premiers résultats d'une révision complète du bonebed, qui a livré plus de 1 400 restes de dinosaures, surtout des os de titanosaures. L'analyse de plus de 75 spécimens, dont un squelette partiel associé, fait apparaître au moins deux morphotypes, différents par leurs caractères, leur robustesse et leur taille : au moins deux espèces de titanosaures, donc, plutôt qu'une seule espèce aux mâles et femelles dissemblables — l'autre hypothèse qui avait été envisagée. Les auteurs annoncent une nouvelle définition (une « diagnose amendée ») de l'Ampelosaurus et la description d'une nouvelle espèce. D'autres communications évoqueraient davantage d'espèces encore ; elles restent à publier.

☠ Un nom « chimérique » ?

En 2025, dans une vaste révision des sauropodes de Roumanie publiée dans le Journal of Systematic Palaeontology, Díez Díaz et ses collègues ont tout simplement écarté l'Ampelosaurus de leur analyse de parenté, en jugeant sa définition actuelle « chimérique » — c'est-à-dire fondée sur des os qui proviennent probablement de plusieurs espèces — et en attendant la révision de son matériel. Cela ne veut pas dire que l'Ampelosaurus n'a pas existé : son holotype est bien réel. Cela veut dire que le portrait qu'on en fait — taille, cou, ostéodermes, dents — mélange peut-être plusieurs animaux. Tant que la révision de Bellevue n'est pas publiée, tout ce que l'on dit de lui doit être tenu pour provisoire, y compris dans cette fiche.

Ce flou se retrouve dans les arbres de parenté. Selon les analyses, l'Ampelosaurus a été placé à côté de l'Atsinganosaurus provençal au sein d'un petit groupe de titanosaures européens, les Lirainosaurinae (Díez Díaz et ses collègues, 2018), ou bien rapproché de formes asiatiques et africaines par d'autres équipes. Quand le matériel de départ est incertain, les conclusions le sont aussi.

Grandir lentement sans rapetisser

Les os de l'Ampelosaurus ont livré un résultat surprenant, publié en 2012 dans PLOS ONE par Nicole Klein, Martin Sander et leurs collègues. En examinant au microscope des coupes de fémurs et d'humérus, ils ont découvert un tissu osseux inhabituel. Chez la plupart des sauropodes, l'os se forme d'abord comme un échafaudage désordonné — de l'os « tissé » — qui trahit une croissance très rapide. Chez l'Ampelosaurus, cet échafaudage est fait d'un os beaucoup plus ordonné, signe d'un dépôt plus lent. Les auteurs ont baptisé ce tissu inconnu chez les animaux actuels l'« os laminaire modifié ».

Ils l'ont retrouvé chez deux titanosaures nains des îles européennes, le Lirainosaurus espagnol et le Magyarosaurus de Roumanie, où il accompagne une forte réduction de taille, interprétée comme du nanisme insulaire. Mais l'Ampelosaurus, lui, n'est pas nain : il grandit plus lentement que ses lointains cousins géants sans pour autant rester petit. Les auteurs y voient l'indice possible d'un métabolisme ralenti. Une étude de 2024 (Witasik, Słowiak et Szczygielski), au titre explicite — « l'os laminaire modifié n'a pas empêché les sauropodes d'atteindre de grandes tailles » — confirme que ce tissu n'est pas, à lui seul, une signature de nanisme.

✦ Ce que disent ses os

Autre détail de l'étude de 2012 : aucune ligne d'arrêt de croissance n'a été trouvée dans les os échantillonnés, et un remodelage intense de l'os a effacé une partie de l'archive avant même la fin de la croissance. Impossible, donc, de compter les années comme les cernes d'un arbre. Selon les auteurs, la plupart des os étudiés venaient probablement d'individus qui n'avaient pas fini de grandir, et les plus grands n'ont pas été échantillonnés.

La vie sur l'île ibéro-armoricaine

Il y a 71 millions d'années, la France n'existait évidemment pas sous sa forme actuelle. Le sud de l'Europe était un archipel d'îles dans une mer chaude, la Téthys. L'Aude faisait partie d'une grande île, que les géologues appellent l'île ibéro-armoricaine, qui réunissait une partie de la péninsule Ibérique et du sud de la France. C'est sur une autre île de cet archipel, l'île de Hațeg, que vivait le Magyarosaurus, et dans son ciel volait le géant Hatzegopteryx.

Autour de l'Ampelosaurus, la plaine alluviale de Bellevue abritait une faune originale, connue par les fouilles du gisement : le petit ornithopode Rhabdodon, un nodosauridé cuirassé connu par ses plaques, de petits dromaeosauridés connus par leurs dents, un ptérosaure, et le très singulier Gargantuavis, un grand oiseau terrestre. Dans les rivières vivaient des tortues, des crocodiliens, des lépisostés et même un cœlacanthe d'eau douce. La végétation comptait des palmiers, des cycadales et des arbres à fleurs de dix à quinze mètres. Plus à l'est, en Provence, chassait un modeste prédateur, le Tarascosaurus.

La région est aussi riche en coquilles d'œufs : plusieurs types d'œufs fossiles ont été trouvés dans les couches de la haute vallée de l'Aude, dont certains sont attribués à des titanosaures. Impossible, toutefois, de savoir quelle espèce les a pondus.

Scène reconstituée : un Ampelosaurus géant broutant la couronne d'un palmier au bord d'une rivière du Crétacé, deux petits Rhabdodon à ses pieds, sous un ciel de fin d'après-midi
Un Ampelosaurus broute la couronne d'un palmier au bord d'une rivière de l'Aude, il y a quelque 71 millions d'années. À ses pieds, deux Rhabdodon, petits ornithopodes de la même faune, donnent l'échelle : leur dos arrive à peine à son genou.

À la fin du Maastrichtien, un autre titanosaure a fait irruption sur cette île : l'Abditosaurus, décrit en Catalogne en 2022. Selon ses descripteurs, il appartenait à une lignée venue d'Afrique, arrivée vers 70,6 millions d'années à la faveur d'une baisse du niveau de la mer. Un grand immigrant, qui a peut-être bouleversé les communautés de sauropodes insulaires dont l'Ampelosaurus faisait partie.

Ce que l'Ampelosaurus nous apprend

L'Ampelosaurus est un cas d'école. Il montre comment se construit — et se déconstruit — un dinosaure. En 1995, un nom posé sur trois vertèbres, et des centaines d'os rattachés par proximité. En 2026, des fouilles qui ont tant produit qu'elles ont révélé leur propre complexité : plusieurs espèces mêlées dans la même couche rouge, un squelette vedette qui pourrait appartenir à un autre animal, des plaques épineuses sans propriétaire certain.

Ce n'est pas un échec, c'est le contraire. C'est parce que Bellevue est si riche qu'on peut aujourd'hui y lire une diversité de titanosaures que personne n'imaginait. La révision annoncée dira ce qui revient vraiment au « lézard de la vigne ». En attendant, il reste le grand sauropode des vignes de l'Aude — et la meilleure raison de faire un détour par Espéraza.

📌 Le voir en vrai

Le Musée des Dinosaures d'Espéraza (Aude), géré par l'association Dinosauria, présente le squelette monté d'Ampelosaurus, des os originaux du gisement de Bellevue et des ostéodermes. Le site de fouilles de Campagne-sur-Aude est voisin. Horaires et conditions de visite : à vérifier auprès du musée avant de partir.

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Sources scientifiques et références

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