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Un Diplodocus en Espagne ? Ce que révèle une queue fossile

Quatorze vertèbres de queue exhumées près de Teruel, que leurs auteurs attribuent au genre Diplodocus, seraient une première hors d'Amérique du Nord — une identification étayée, mais discutée

26 septembre 2026 · Paléontologie · Espagne

Reconstitution de plusieurs Diplodocus longeant une rive de lac dans un paysage de conifères du Jurassique supérieur
Reconstitution de Diplodocus au Jurassique supérieur. Illustration Mondes Perdus, générée par IA pour la fiche de l'espèce nord-américaine : elle ne représente pas le spécimen de Teruel, dont on ne connaît qu'une partie de la queue.

Le Diplodocus passait pour un pur produit du Jurassique nord-américain. Le 14 septembre 2026, une équipe de la fondation Dinópolis, à Teruel, a publié dans le Journal of Vertebrate Paleontology l'étude d'un squelette partiel exhumé à El Castellar, en Aragon : une queue fossile que les auteurs attribuent au genre Diplodocus. Une découverte modeste par ses os, importante par ce qu'elle suggérerait de la géographie du Jurassique — mais dont l'identification ne fait pas l'unanimité.

Carte d'identité
NomDiplodocus sp. (espèce non déterminée)
GroupeSauropode diplodocidé
ÉpoqueJurassique supérieur, environ 150 millions d'années (Kimméridgien supérieur – Tithonien)
LieuGisement de La Tejería, El Castellar (province de Teruel, Espagne) — formation de Villar del Arzobispo
Matériel14 vertèbres caudales (milieu et arrière de la queue) et plusieurs chevrons
Taille estiméeenviron 25 m de long (estimation d'Alberto Cobos, directeur de Dinópolis)
PublicationJournal of Vertebrate Paleontology, en ligne le 14 septembre 2026
AuteursS. Sánchez-Fenollosa, J. García-Cobeña, A. Cobos (Fundación Dinópolis, Teruel)

Fouillé de 2008 à 2015, décrit en 2026

Les ossements ont été fouillés par la Fondation Conjunto Paleontológico de Teruel-Dinópolis entre 2008 et 2015, selon la presse. Le manuscrit a été reçu par la revue en janvier 2026 et accepté en juillet ; l'étude est en ligne depuis le 14 septembre.

Le lot comprend quatorze vertèbres de la partie médiane et postérieure de la queue, ainsi que plusieurs chevrons — ces petits os en forme de fourche qui prolongent les vertèbres vers le bas. C'est peu à l'échelle d'un squelette entier. Les auteurs le présentent comme l'un des diplodocidés les plus complets découverts en Europe ; le registre européen de la famille reste toutefois fragmentaire, même s'il compte déjà des squelettes partiels, notamment au Portugal : ceux de Dinheirosaurus lourinhanensis ou du spécimen de Valmitão, décrits par Mocho et ses collègues en 2017.

Squelettes de dinosaures sauropodes, dont un Diplodocus, montés dans une salle de musée
Squelettes de dinosaures montés au Natural History Museum de la Smithsonian Institution, à Washington, dont un Diplodocus. Photo Gary Todd, Wikimedia Commons, CC0.

Comment reconnaître un Diplodocus à sa queue

La queue d'un diplodocidé est un document riche pour qui sait la lire. Les chercheurs relèvent plusieurs caractères : de grandes cavités pneumatiques (ces poches d'air qui allégeaient le squelette), des corps vertébraux allongés sans crêtes latérales, de profonds sillons longitudinaux sous les vertèbres, et des chevrons en fourche.

Ils ne s'en sont pas tenus à la comparaison à l'œil : deux méthodes d'analyse phylogénétique, le maximum de parcimonie et l'inférence bayésienne, placent de façon constante le spécimen dans le genre Diplodocus. Selon les comptes rendus de l'étude, il se rapproche le plus de Diplodocus hallorum, une espèce américaine.

🔬 Une identification étayée, mais discutée

Rien ne permet de nommer l'espèce : les vertèbres conservées ne montrent pas assez de détails. Le fossile reste donc un Diplodocus sp., et la proximité avec D. hallorum est un résultat d'analyse, pas une identification. Plus encore, l'attribution au genre lui-même ne fait pas l'unanimité. Interrogés par le Science Media Centre España, Fabien Knoll (MNCN-CSIC) estime que le matériel ne suffit pas, pour l'instant, à l'affirmer avec certitude, et José Ignacio Canudo (université de Saragosse) le juge trop fragmentaire ; Pedro Mocho (université de Lisbonne), Francisco Ortega (UNED) et Xabier Pereda Suberbiola (UPV-EHU) jugent au contraire l'attribution suffisamment assurée. Ce sont des avis d'experts, pas une réfutation publiée : leurs réactions sont à lire en regard de l'étude.

Le même âge que les Diplodocus américains

Jusqu'ici, les fossiles attribués à Diplodocus provenaient de la formation de Morrison, aux États-Unis, dont les couches se situent, selon les auteurs, au Kimméridgien et au Tithonien. Le gisement espagnol se situe dans la même fenêtre de temps (Kimméridgien supérieur – Tithonien). Le rapprochement n'est donc pas celui d'un lointain descendant : ces animaux appartiennent à une même tranche du Jurassique supérieur, de part et d'autre de l'océan naissant.

C'est aussi un rappel utile pour le lecteur du site : l'image d'un Diplodocus strictement américain ne reflète peut-être qu'une partie de son aire de répartition réelle.

Des ponts à travers un Atlantique naissant

Au Jurassique supérieur, l'Amérique du Nord et l'Europe sont séparées par un jeune océan, le proto-Atlantique. Or plusieurs grands dinosaures de la formation de Morrison, aux États-Unis — dont Diplodocus, Allosaurus et Stegosaurus — ont des équivalents en Europe. Comment ces faunes ont-elles pu se ressembler à ce point ?

Pour les auteurs, le fossile de Teruel est l'un des indices les plus solides d'épisodes de dispersion et d'échanges de faunes de part et d'autre du proto-Atlantique, vers la fin du Kimméridgien et le début du Tithonien. Les explications avancées : des baisses du niveau marin ayant pu dégager des liaisons terrestres temporaires. C'est une hypothèse étayée, pas une démonstration : le sens des migrations et leur calendrier précis restent à établir.

Ce qu'il faut lire avec prudence

La formule « premier Diplodocus hors d'Amérique du Nord » doit se lire comme « première attribution publiée au genre, selon les auteurs », et non comme un fait établi de façon définitive : elle ne concerne que le genre Diplodocus lui-même, pas les diplodocidés en général, et elle est contestée par certains spécialistes. Quant aux 25 mètres, c'est une estimation attribuée à Alberto Cobos, directeur de Dinópolis, et non la mesure d'un squelette complet : le fossile se limite à une portion de queue.

✦ Où le voir

Les fossiles sont conservés au Museo Aragonés de Paleontología, à Teruel, où ils restent accessibles à la recherche et au public.

Une queue fossile qui rapproche deux faunes jurassiques : c'est parfois avec peu que la paléontologie redessine une carte. De nouveaux fossiles pourraient préciser, ou remettre en cause, cette identification.

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Sources