Animaux disparus

Diprotodon

Diprotodon optatum — Le wombat géant d'Australie

Mammifère · Marsupial · Diprotodontidé · Pléistocène · Australie

Reconstitution d'un Diprotodon, énorme marsupial herbivore quadrupède au corps massif, à la grosse tête et aux pattes trapues, dans un paysage aride d'Australie du Pléistocène
Reconstitution du Diprotodon optatum, le plus grand marsupial ayant jamais existé. Imaginez un wombat… de la taille d'un rhinocéros, pesant près de trois tonnes.

Tout le monde connaît le wombat, ce petit marsupial australien trapu et débonnaire, gros comme un chien. Maintenant, gonflez-le jusqu'à la taille d'un rhinocéros. Donnez-lui une tête énorme, des pattes de pilier et un poids de près de trois tonnes. Vous obtenez le Diprotodon : le plus grand marsupial qui ait jamais foulé la Terre.

Pendant des centaines de milliers d'années, ce colosse paisible a parcouru l'Australie. Il a même croisé les premiers humains du continent. Puis, il y a environ 40 000 ans, il s'est éteint — emportant avec lui le mystère de sa disparition.

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Le wombat géant

C'est le grand anatomiste britannique Richard Owen — celui-là même qui inventera le mot « dinosaure » quelques années plus tard — qui le baptise en 1838. Le Diprotodon a l'honneur d'être le tout premier mammifère fossile australien décrit par la science. Son nom, « deux dents en avant », désigne la paire de grandes incisives qui pointaient de sa mâchoire, à la manière d'un rongeur — ou, justement, d'un wombat.

Car ses plus proches parents vivants sont bien le wombat et le koala. Le Diprotodon n'était pourtant pas un grimpeur : c'était un lourd brouteur au sol, qui arrachait feuilles, herbes et arbustes — notamment des plantes salées comme l'arroche — et les broyait entre ses molaires. Un herbivore tranquille, mais d'un gabarit que l'Australie n'a plus jamais revu.

Comparaison de taille entre le Diprotodon, marsupial d'environ 3,4 mètres de long et 1,8 mètre à l'épaule, et un humain de 1,80 m, sur une échelle graduée
Le Diprotodon face à un humain : près de 1,8 mètre au garrot et 3,4 mètres de long, pour environ 2,8 tonnes. À hauteur d'épaule, il toisait un homme adulte.

Le seul marsupial voyageur

Longtemps, on a imaginé le Diprotodon comme un gros animal sédentaire, broutant placidement son coin de brousse. Une étude a tout changé. En analysant les isotopes piégés dans l'émail de ses dents — une signature chimique de l'eau et des plantes consommées au fil des saisons —, des chercheurs ont reconstitué ses déplacements. Verdict : un individu effectuait chaque année un aller-retour de quelque 200 kilomètres.

C'est une première : le Diprotodon est le seul marsupial connu, vivant ou éteint, à avoir pratiqué la migration saisonnière. Comme les grands herbivores des savanes africaines, ces géants se déplaçaient sans doute en troupeaux — souvent des hardes de femelles —, suivant l'eau et la nourriture à travers le continent. Les mâles, plus massifs, témoignent au passage d'un net dimorphisme sexuel.

Le piège du lac Callabonna

Si nous connaissons si bien ce géant, c'est en partie grâce à un cimetière hors normes. Au lac Callabonna, dans le sud de l'Australie, les restes d'environ 360 Diprotodons ont été exhumés sur quelques hectares. Le scénario reconstitué est tragique : lors des grandes sécheresses, des troupeaux tentant de traverser le lit boueux du lac salé se seraient enlisés par dizaines, prisonniers de la vase.

Ces pièges naturels, en figeant des populations entières, offrent aux paléontologues une mine d'informations sur la taille, l'âge et la vie sociale de ces animaux. Une catastrophe préhistorique devenue, des millénaires plus tard, une fenêtre ouverte sur un monde disparu.

Scène d'un Diprotodon broutant dans une plaine aride d'Australie au Pléistocène, parmi des eucalyptus et une terre rouge, au bord d'un point d'eau
Le Diprotodon dans son monde : les vastes plaines semi-arides de l'Australie du Pléistocène, ponctuées d'eucalyptus, de terre rouge et de lacs salés trop souvent asséchés.

Les hommes ou le climat ?

La grande question, c'est sa disparition. Le Diprotodon s'éteint il y a environ 40 000 ans, en même temps que l'essentiel de la mégafaune australienne — kangourous géants comme le Procoptodon, oiseaux et reptiles colossaux. Or, à cette époque, les premiers Australiens sont déjà là depuis des dizaines de milliers d'années. Coïncidence, ou cause à effet ?

Le débat divise encore les scientifiques. Trois pistes s'affrontent : la chasse humaine d'une mégafaune naïve et lente à se reproduire ; le changement climatique, avec une aridification croissante du continent ; et les feux allumés par l'homme, qui auraient transformé la végétation. La réponse la plus probable est, comme souvent, un cocktail des trois — un écosystème déjà fragilisé par la sécheresse, achevé par l'arrivée d'un nouveau prédateur.

🐉 Le Diprotodon, ancêtre du « bunyip » ?

Dans le folklore aborigène, le bunyip est un monstre tapi dans les marais et les lacs. Certains y ont vu un lointain écho du Diprotodon : un souvenir transmis oralement de ces géants enlisés au bord des points d'eau. L'idée est séduisante… mais invérifiable : il faudrait qu'un récit ait survécu, de bouche à oreille, pendant des dizaines de milliers d'années. Un joli mythe sur un mythe.

Repères chronologiques

Pléistocène

Le Diprotodon règne sur l'Australie, se déplaçant en troupeaux à travers le continent.

~50 000 ans

Les premiers humains, déjà installés en Australie, côtoient les derniers géants.

~40 000 ans

Le Diprotodon disparaît, avec l'essentiel de la mégafaune australienne.

1838

Richard Owen décrit l'animal : c'est le premier mammifère fossile nommé d'Australie.

XXe–XXIe s.

Le site du lac Callabonna et l'analyse des dents révèlent ses migrations et sa vie sociale.

Cousin démesuré du wombat, voyageur infatigable des plaines australiennes, victime d'un climat qui s'assèche et d'un nouveau venu armé de feu et de lances : le Diprotodon résume à lui seul le destin de la mégafaune. Il nous rappelle qu'avant les déserts rouges que nous connaissons, l'Australie portait des géants placides — et qu'il a suffi de quelques millénaires pour que le plus grand marsupial de tous les temps ne soit plus qu'un tas d'os au fond d'un lac salé.

Sources scientifiques et références

  • Owen, R. (1838). Description originale de Diprotodon (premier mammifère fossile nommé d'Australie).
  • Price, G. J. (2008). « Taxonomy and palaeobiology of the largest-ever marsupial, Diprotodon Owen, 1838 (Diprotodontidae, Marsupialia) ». Zoological Journal of the Linnean Society, 153(2), 369–397. doi:10.1111/j.1096-3642.2008.00387.x
  • Price, G. J., Ferguson, K. J., Webb, G. E. et al. (2017). « Seasonal migration of marsupial megafauna in Pleistocene Sahul (Diprotodon optatum) ». Proceedings of the Royal Society B, 284(1863), 20170785. doi:10.1098/rspb.2017.0785
  • Roberts, R. G., Flannery, T. F., Ayliffe, L. K. et al. (2001). « New ages for the last Australian megafauna: continent-wide extinction about 46,000 years ago ». Science, 292(5523), 1888–1892. doi:10.1126/science.1060264