Animaux disparus

Quagga

Equus quagga quagga — Le zèbre à moitié rayé

Mammifère · Équidé · Afrique du Sud · Éteint en 1883

Reconstitution de profil d'un quagga, équidé au pelage brun-roux, rayé seulement sur la tête, le cou et l'avant du corps, l'arrière-train uni et les pattes claires, debout dans une plaine d'herbe sèche
Reconstitution d'un Equus quagga quagga : rayé à l'avant comme un zèbre, brun-roux et uni à l'arrière. Couleurs établies d'après les peaux conservées et les descriptions d'époque ; les photographies, en noir et blanc, ne renseignent que les motifs.

Imaginez un zèbre inachevé : rayé de noir et de blanc sur la tête et le cou, puis dont les rayures s'effacent peu à peu jusqu'à laisser, à l'arrière, une croupe d'un brun-roux uni, et des pattes presque blanches. Ce n'était pas une bizarrerie : c'était le quagga, un véritable zèbre d'Afrique du Sud, aujourd'hui disparu.

Son histoire tient en trois actes saisissants. Chassé sans compter, il s'est éteint en 1883 sans que personne ne s'en rende vraiment compte. Un siècle plus tard, il est devenu le premier animal disparu dont on a lu l'ADN. Et depuis, des éleveurs tentent de le faire renaître — ou du moins, de retrouver son allure. Le quagga est l'animal éteint qui n'en finit pas de revenir.

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Un zèbre à moitié effacé

Le quagga vivait dans les vastes plaines sèches du Karoo et du sud de l'actuel État libre, en Afrique du Sud, où il broutait en grands troupeaux, souvent mêlé aux gnous et aux autruches. C'était un équidé robuste et trapu, d'environ 1,30 m au garrot.

Sa singularité sautait aux yeux : les rayures, bien marquées sur la tête et le cou, pâlissaient et s'espaçaient sur le tronc, jusqu'à s'effacer presque entièrement sur l'arrière-train, d'un brun chaud. « Presque » : les peaux conservées montrent que le degré de rayure variait d'un individu à l'autre, et le portrait ci-dessus est une reconstitution parmi d'autres. Le ventre et les pattes, eux, étaient clairs, presque blancs. Quant à son nom, il vient d'une onomatopée : les Khoïkhoï imitaient son cri aboyé, un « kwa-ha-ha » que partagent d'ailleurs les autres zèbres des plaines.

Photographie en noir et blanc d'une jument quagga vivante au zoo de Londres en 1870, montrant les rayures sur l'avant du corps et l'arrière-train uni
La jument quagga du zoo de Londres, pensionnaire de 1851 à 1872 : cinq clichés d'elle subsistent, dus à Frank Haes (1864) puis à Frederick York (1870) — un cas rare pour un animal aujourd'hui éteint. Longtemps tenus pour les seules photographies d'un quagga vivant, ils ont été rejoints en 2022 par la redécouverte d'une stéréophotographie prise en Afrique du Sud par Gustav Fritsch le 8 avril 1864 ; son identification comme quagga est défendue par les spécialistes, mais reste discutée. (Photographie d'époque, domaine public.)
Comparaison de taille entre le quagga, équidé d'environ 1,30 m au garrot, et un humain de 1,80 m, sur une échelle graduée
Le quagga face à un humain : un équidé compact d'environ 1,30 m au garrot, dans le gabarit d'un petit cheval ou d'un âne robuste.

Chassé jusqu'au dernier

Pour les colons européens, le quagga n'était qu'un concurrent encombrant : il broutait l'herbe destinée aux moutons. On l'abattit donc en masse, pour sa viande, pour sa peau, ou simplement pour libérer les pâturages. Abondant au début du XIXᵉ siècle, il s'était raréfié à toute allure. Le dernier individu sauvage fut probablement tué à la fin des années 1870.

Le drame tient à un malentendu. À l'époque, les mots « zèbre » et « quagga » se mélangeaient, et personne ne réalisa que cette population-là, distincte, était en train de s'éteindre pour de bon. Les derniers captifs vivaient dans des zoos européens sans qu'on songe à les sauver. La dernière, une jument, mourut au zoo Artis d'Amsterdam le 12 août 1883. Ce n'est qu'ensuite que l'on comprit : il n'en restait plus aucun, nulle part.

⚠️ Une extinction passée inaperçue

Le quagga n'a pas disparu d'une seule cause. La chasse et la conversion de ses plaines en pâturages à moutons l'ont fait reculer ; la confusion des noms, elle, explique surtout qu'on ne s'en soit pas aperçu. Faute de distinguer clairement cette population des autres zèbres, personne n'a vu qu'elle se vidait jusqu'au dernier souffle. Quand la jument d'Amsterdam s'est éteinte en 1883, nul n'a su, sur le moment, qu'une lignée entière venait de s'achever.

Le premier ADN d'un animal disparu

Un siècle après sa mort, le quagga est revenu sur le devant de la scène — par la science. En 1984, le généticien Russell Higuchi et son équipe se posèrent une question alors inédite : l'ADN peut-il survivre dans les restes d'un animal mort depuis longtemps ? Ils prélevèrent un fragment de muscle séché sur une vieille peau de musée de quagga, et parvinrent à en extraire et à lire de courtes séquences d'ADN mitochondrial.

Ce fut une première mondiale : le quagga devint le premier être disparu dont on séquença l'ADN. Cette expérience fonda toute une discipline — l'ADN ancien (paléogénétique) — qui mènera plus tard au génome du mammouth laineux et aux projets de dé-extinction. Au passage, l'ADN livra un verdict inattendu sur l'identité même du quagga.

🔬 Espèce à part, ou simple zèbre ?

On a longtemps pris le quagga pour une espèce distincte. L'ADN de 1984 n'a pas tranché à lui seul : Higuchi et son équipe n'avaient lu que 229 paires de bases, comparées à celles d'un unique zèbre de montagne, et en concluaient à un ancêtre commun vieux de trois à quatre millions d'années. Ce sont les travaux suivants — et surtout l'étude de Leonard et ses collègues en 2005, sur treize spécimens de musée — qui ont rangé le quagga parmi les zèbres des plaines (Equus quagga) : une population isolée qui s'en est séparée il y a seulement 120 000 à 290 000 ans, et qui a perdu ses rayures remarquablement vite. Son arrière-train uni n'était donc qu'une variation régionale d'un zèbre du Sud — une conclusion lourde de conséquences, car c'est elle qui a ouvert la porte à l'idée de le « reconstituer » à partir de ses cousins vivants.

Scène d'un petit troupeau de quaggas traversant une plaine sèche du Karoo sud-africain à la lumière dorée, avec des gnous et des collines au loin
Un troupeau de quaggas dans le Karoo sud-africain : ces équidés grégaires partageaient les plaines avec gnous et autruches, avant que la chasse n'ait raison d'eux.

Faire renaître une apparence ?

Puisque le quagga n'était qu'un zèbre des plaines au pelage particulier, pourquoi ne pas retrouver ce pelage en sélectionnant, parmi les zèbres actuels, ceux dont l'arrière-train est le moins rayé ? C'est le pari du Quagga Project, lancé en Afrique du Sud en 1987 par le naturaliste Reinhold Rau. Génération après génération, le projet a obtenu des animaux à la croupe de plus en plus unie et brune — surnommés « quaggas de Rau ».

Mais peut-on dire que le quagga est « revenu » ? Honnêtement, non — pas vraiment. Ces zèbres lui ressemblent, et la ressemblance est réelle — mais elle ne démontre pas qu'on ait reconstitué la population historique, ni l'ensemble de ses particularités. Sélectionner un pelage n'est pas restaurer une lignée : on a recréé une apparence, pas l'animal. C'est exactement le débat soulevé par le tarpan et ses sosies (chevaux de Heck, koniks) : la sélection peut rhabiller un cousin vivant aux couleurs d'un disparu, elle ne ressuscite pas ce qui s'est éteint. Le vrai quagga, lui, reste bel et bien perdu.

Repères chronologiques

1785

Le quagga est décrit scientifiquement (Boddaert), alors qu'il abonde encore dans le Karoo.

1864–1870

La jument du zoo de Londres est photographiée par Frank Haes puis Frederick York : cinq clichés. Une stéréophotographie prise la même décennie en Afrique du Sud sera identifiée en 2022.

Fin des années 1870

Le dernier quagga sauvage est probablement abattu en Afrique du Sud.

12 août 1883

La dernière jument meurt au zoo Artis d'Amsterdam : la sous-espèce est éteinte.

1984

Higuchi séquence son ADN : premier animal disparu « lu » génétiquement, acte de naissance de l'ADN ancien.

1987

Reinhold Rau lance le Quagga Project, pour retrouver son apparence par sélection.

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Le quagga est une parabole en une seule bête : la rapidité avec laquelle on efface une lignée sans même la voir partir, la puissance de la science qui sait aujourd'hui lire l'ADN d'une peau centenaire, et la tentation — magnifique et trompeuse — de défaire la mort. Rayé à l'avant, effacé à l'arrière, il ressemble à une image inachevée. C'en est une : celle de tout ce que nous avons laissé s'effacer, et que nous ne saurons jamais tout à fait redessiner.

Sources scientifiques et références

  • Higuchi, R., Bowman, B., Freiberger, M., Ryder, O. A. & Wilson, A. C. (1984). « DNA sequences from the quagga, an extinct member of the horse family ». Nature, 312(5991), 282–284. doi:10.1038/312282a0
  • Higuchi, R. G., Wrischnik, L. A., Oakes, E., George, M., Tong, B. & Wilson, A. C. (1987). « Mitochondrial DNA of the extinct quagga: relatedness and extent of postmortem change ». Journal of Molecular Evolution, 25(4), 283–287. doi:10.1007/BF02603111
  • Leonard, J. A. et al. (2005). « A rapid loss of stripes: the evolutionary history of the extinct quagga ». Biology Letters, 1(3), 291–295. doi:10.1098/rsbl.2005.0323
  • Rau, R. (1978). « Additions to the revised list of preserved material of the extinct Cape Colony quagga and notes on the relationship and distribution of southern plains zebras ». Annals of the South African Museum, 77(2), 27–45.
  • Harley, E. H., Knight, M. H., Lardner, C., Wooding, B. & Gregor, M. (2009). « The Quagga Project: progress over 20 years of selective breeding ». South African Journal of Wildlife Research, 39(2), 155–163. doi:10.3957/056.039.0206
  • Heywood, P. (2013). « The quagga and science: what does the future hold for this extinct zebra? ». Perspectives in Biology and Medicine, 56(1), 53–64.
  • Zoological Society of London — photographies de la jument quagga du zoo de Londres (Frank Haes, 1864 ; Frederick York, 1870 ; domaine public).
  • Holmes, B. & Hulshoff Pol, J. (2024). Redécouverte de la stéréophotographie de quagga prise par Gustav Fritsch en Afrique du Sud le 8 avril 1864.