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Microraptor

Microraptor gui — Le dinosaure à quatre ailes

Dinosaure · Théropode · Dromaeosauridé · Crétacé inférieur · Chine

Reconstitution d'un Microraptor, petit dinosaure à plumes au plumage noir iridescent, perché sur une branche, déployant des ailes à la fois sur les bras et sur les pattes arrière, dans une forêt du Crétacé inférieur de Chine
Reconstitution du Microraptor gui, le « dinosaure à quatre ailes » : un petit théropode au plumage noir iridescent, qui planait d'arbre en arbre dans les forêts de Chine il y a ~120 millions d'années.

Imaginez un dinosaure de la taille d'un corbeau, vêtu de plumes noires aux reflets bleutés, qui s'élance du sommet d'un arbre et plane jusqu'au suivant — non pas avec deux ailes, mais avec quatre. Ce n'est pas une fantaisie d'illustrateur : c'est le Microraptor, l'un des fossiles les plus extraordinaires jamais sortis de Chine.

En une seule espèce, ce petit cousin des « raptors » réunit trois prouesses : il porte des ailes sur les bras ET sur les pattes, il fait partie des très rares dinosaures dont on connaît la vraie couleur, et il a joué malgré lui le rôle principal dans l'un des plus retentissants scandales de faux fossile de l'histoire de la paléontologie.

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Un dinosaure à quatre ailes

En 2003, l'équipe du paléontologue Xu Xing décrit dans Nature une créature qui défie l'imagination : un petit dromaeosauridé — la famille des « raptors » — dont non seulement les bras, mais aussi les pattes arrière, portent de longues plumes d'envol asymétriques. Quatre surfaces portantes au lieu de deux. Du jamais-vu chez un dinosaure.

Que faisait-il de ces quatre ailes ? Le débat reste vif. Certains l'ont reconstitué en « biplan », les ailes des pattes décalées sous celles des bras à la manière des premiers avions ; d'autres imaginent les membres postérieurs étendus différemment. Mais sur l'essentiel, les chercheurs s'accordent : ses plumes étaient trop faibles pour un vol battu puissant. Le Microraptor était avant tout un planeur arboricole, qui grimpait aux arbres et se laissait glisser d'un tronc à l'autre. Une fenêtre inestimable sur l'une des grandes questions de l'évolution : comment les dinosaures ont conquis les airs.

Noir, brillant, iridescent

La plupart des animaux disparus nous restent à jamais inconnus en couleur. Le Microraptor fait exception. En 2012, une équipe a examiné au microscope les mélanosomes — ces minuscules grains de pigment — conservés dans ses plumes fossilisées. Or leur forme et leur agencement codent la couleur : empilés en couches régulières, ils produisent des reflets métalliques.

Le verdict, publié dans Science, est spectaculaire : le Microraptor était noir de jais, lustré d'un éclat bleuté iridescent, comme le plumage d'un corbeau ou d'un étourneau. C'est la plus ancienne trace d'iridescence connue dans le règne animal. Et cela bouscule une idée reçue : si des plumes aussi voyantes existaient déjà, c'est qu'elles servaient sans doute autant à la parade et à la séduction qu'au vol — exactement comme chez les oiseaux d'aujourd'hui. Après le Sinosauropteryx roux, le Microraptor noir confirme que l'on peut désormais rendre leurs couleurs aux dinosaures.

Comment connaît-on sa couleur ?

Les mélanosomes sont les sacs de pigment qui colorent plumes et poils. Leur forme trahit la teinte (en boule = roux ; en bâtonnet = noir), et leur empilement en couches crée les reflets métalliques de l'iridescence. En comparant ceux du Microraptor à une vaste base de données d'oiseaux actuels, les chercheurs ont pu prédire statistiquement sa robe : un noir brillant à reflets bleus. Pas d'imagination — de la microscopie.

Comparaison de taille entre le Microraptor, petit dinosaure à plumes d'environ un mètre de long majoritairement composé de la queue, et un humain de 1,80 m, sur une échelle graduée
Le Microraptor face à un humain : à peine plus d'un mètre de long, dont une bonne moitié de queue, pour environ un kilo. L'un des plus petits dinosaures non-aviens connus.

Un petit chasseur opportuniste

Minuscule, mais loin d'être inoffensif. Le biote de Jehol a livré plusieurs Microraptors avec leur dernier repas conservé dans l'estomac — et le menu est étonnamment varié. Un spécimen renferme un oiseau entier (un énantiornithe), preuve qu'il capturait des proies ailées. Un autre ne contient que des arêtes de poisson : le premier cas avéré de pêche chez un dinosaure à plumes. D'autres encore ont avalé un petit mammifère (on a retrouvé une patte de l'animal entre ses côtes) ou un lézard gobé presque entier.

Oiseaux, poissons, mammifères, reptiles : le Microraptor était un prédateur généraliste, qui happait tout ce qui passait à sa portée dans les arbres comme au bord de l'eau. Une polyvalence qui explique sans doute son succès — c'est l'un des dinosaures les plus abondamment fossilisés de toute la Chine.

Scène d'un Microraptor en vol plané entre les arbres d'une forêt humide du Crétacé inférieur de Chine, ailes des bras et des pattes déployées, lumière filtrant à travers la canopée
Le Microraptor dans son monde : un planeur des forêts humides de Jehol, se laissant glisser d'arbre en arbre, ses quatre ailes noires déployées sous la lumière filtrée de la canopée.

L'affaire « Archaeoraptor »

Le Microraptor a aussi une face plus sombre — une leçon d'humilité pour la science. En 1999, le magazine National Geographic présente en fanfare un fossile chinois baptisé « Archaeoraptor », claironné comme le « chaînon manquant » entre dinosaures et oiseaux. Le problème : ce fossile n'existait pas. C'était un faux, assemblé à la colle par un marchand pour en tirer un meilleur prix, combinant l'avant d'un oiseau primitif (Yanornis) et… la queue d'un petit dromaeosauridé.

La supercherie est éventée dès l'année suivante, grâce notamment à la tomographie qui révèle les raccords. Humiliation pour la revue — mais retournement savoureux : en étudiant la fameuse queue, les paléontologues s'aperçoivent qu'elle appartient à une espèce bien réelle et inconnue… qui sera décrite sous le nom de Microraptor. Le faux contenait un vrai trésor. L'épisode reste cité comme un cas d'école : la science se fait piéger, mais ses propres outils finissent par débusquer la fraude et la corriger.

🪶 Un « raptor », vraiment ?

Oui : malgré sa taille de pigeon, le Microraptor est un authentique dromaeosauridé, la même famille que le Deinonychus et le vélociraptor. Il en possède la fameuse griffe en faucille au pied. Mais à l'autre bout du spectre de taille : là où les raptors de cinéma font la taille d'un homme, celui-ci tiendrait dans vos deux mains. Plume comprise.

Repères chronologiques

~120 Ma

Le Microraptor plane dans les forêts humides du biote de Jehol, au Crétacé inférieur de Chine.

1999

Le faux fossile « Archaeoraptor » est présenté par National Geographic comme le chaînon manquant — avant d'être démasqué.

2000

L'espèce type, Microraptor zhaoianus, est décrite par Xu Xing et ses collègues.

2003

Microraptor gui révèle ses quatre ailes (Xu et al., Nature) : un dinosaure planeur.

2012

L'analyse des mélanosomes établit son plumage noir iridescent (Li et al., Science).

Planeur à quatre ailes, vêtu d'un noir d'encre aux reflets de pétrole, petit prédateur de tout ce qui bouge, vedette involontaire d'une fraude célèbre : le Microraptor concentre à lui seul une bonne part de la révolution qui a fait des dinosaures les ancêtres des oiseaux. Il nous rappelle qu'avant les plumes et le vol tels que nous les connaissons, l'évolution a multiplié les brouillons audacieux — et que l'un d'eux, grand comme un corbeau, planait déjà entre les arbres de Chine, cent vingt millions d'années avant nous.

Sources scientifiques et références

  • Xu, X., Zhou, Z., Wang, X., Kuang, X., Zhang, F. & Du, X. (2003). « Four-winged dinosaurs from China ». Nature, 421(6921), 335–340. doi:10.1038/nature01342
  • Xu, X., Zhou, Z. & Wang, X. (2000). « The smallest known non-avian theropod dinosaur » (Microraptor zhaoianus). Nature, 408(6813), 705–708. doi:10.1038/35047056
  • Li, Q., Gao, K.-Q., Meng, Q. et al. (2012). « Reconstruction of Microraptor and the evolution of iridescent plumage ». Science, 335(6073), 1215–1219. doi:10.1126/science.1213780
  • O'Connor, J., Zhou, Z. & Xu, X. (2011). « Additional specimen of Microraptor provides unique evidence of dinosaurs preying on birds ». PNAS, 108(49), 19662–19665. doi:10.1073/pnas.1117727108
  • Xing, L., Persons, W. S., Bell, P. R. et al. (2013). « Piscivory in the feathered dinosaur Microraptor ». Evolution, 67(8), 2441–2445. doi:10.1111/evo.12119
  • Rowe, T., Ketcham, R. A., Denison, C. et al. (2001). « The Archaeoraptor forgery ». Nature, 410(6828), 539–540. doi:10.1038/35069145