Dinosaures

Giraffatitan

Giraffatitan brancai — Le « titan-girafe » d'Afrique, longtemps pris pour un Brachiosaure

Dinosaure · Sauropode · Brachiosauridae · Afrique de l'Est · Jurassique supérieur (~150 Ma)

Reconstitution d'un Giraffatitan brancai, sauropode géant au cou dressé très haut, membres antérieurs plus longs que les postérieurs, et haute crête nasale arrondie sur le museau
Reconstitution du Giraffatitan brancai. Sa haute crête nasale bombée et son cou dressé en font le plus « girafe » des dinosaures géants.

Dans le grand hall du Muséum d'histoire naturelle de Berlin se dresse le plus haut squelette de dinosaure monté au monde : treize mètres de haut, près de vingt-trois mètres de long, un cou qui file vers la verrière comme une grue de chantier. Pendant près d'un siècle, les visiteurs ont lu sous ses pieds une étiquette familière : Brachiosaurus. Mais cette étiquette était trompeuse.

Ce colosse n'est pas un Brachiosaure — du moins, pas le même. C'est le Giraffatitan, le « titan-girafe » d'Afrique. Et, ironie de l'histoire, l'image que le monde entier se fait d'un « brachiosaure » — celle des livres, des musées, et même du premier dinosaure de Jurassic Park — lui doit presque tout.

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Le trésor de Tendaguru

L'histoire commence loin de Berlin, dans une colline d'Afrique de l'Est appelée Tendaguru, dans l'actuelle Tanzanie. Entre 1909 et 1913, des expéditions allemandes menées par le paléontologue Werner Janensch y exhument l'un des plus extraordinaires gisements de dinosaures jamais découverts. Des centaines de tonnes d'ossements du Jurassique supérieur — emballés et portés à dos d'homme jusqu'à la côte sur des dizaines de kilomètres — prennent le bateau pour l'Allemagne.

Parmi eux, les restes de plusieurs sauropodes géants. En 1914, Janensch les décrit et le rattache au genre américain alors célèbre : il le nomme Brachiosaurus brancai, en l'honneur de Wilhelm von Branca, directeur du musée. Patiemment assemblé — à partir de plusieurs individus, complétés par des pièces moulées ou reconstituées —, le squelette est inauguré à Berlin dans les années 1930. Ses dimensions sont donc celles d'un montage, pas la mesure d'une seule bête. Il y trône toujours, inscrit au Livre Guinness des records — au titre, précisément, du plus haut squelette de dinosaure monté : 13,27 m. D'autres montages sont plus longs ; aucun ne lève la tête aussi haut.

Le squelette monté de Giraffatitan brancai dans le hall du Muséum d'histoire naturelle de Berlin, le plus haut squelette de dinosaure monté au monde
Le squelette monté de Berlin (13,27 m de haut), longtemps exposé comme Brachiosaurus brancai et reclassé Giraffatitan depuis 2009. Museum für Naturkunde, Berlin — photo Raimond Spekking / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Un cou de girafe, version titan

Le Giraffatitan appartient aux brachiosauridés, une famille de sauropodes à l'architecture unique. Chez la plupart des sauropodes, les pattes arrière sont aussi longues, voire plus longues, que les pattes avant. Chez les brachiosauridés, c'est l'inverse : les membres antérieurs sont nettement plus longs que les postérieurs. Le dos s'incline donc vers l'arrière, les épaules se haussent, et le cou s'élève très haut devant — exactement comme chez une girafe, mais à l'échelle d'un titan.

Ainsi dressé, l'animal pouvait brouter le feuillage des conifères à douze mètres du sol, dans une strate hors de portée de la plupart des autres herbivores. Long de quelque vingt-deux à vingt-trois mètres, il pesait, selon les reconstructions modernes, de trente à quarante tonnes — bien moins que les chiffres avancés autrefois. Deux raisons à cette révision : ses vertèbres étaient creusées de cavités aériennes (un système de sacs aériens semblable à celui des oiseaux) qui allégeaient sa charpente, mais surtout les modèles récents lui donnent une silhouette plus mince. La mesure de 2008 qui fait référence — 38 tonnes — dépend ainsi d'un volume reconstitué et d'une densité moyenne supposée : changez l'un ou l'autre, et le chiffre bouge.

Mais son signe le plus reconnaissable se trouve sur la tête : un crâne court surmonté, juste devant les yeux, d'une haute voûte nasale bombée. Attention au raccourci : cette arche osseuse borde la grande ouverture nasale du crâne, mais les narines charnues, elles, ne s'ouvraient pas à son sommet — les travaux sur les tissus mous les placent bien plus en avant, vers le bout du museau. C'est cette tête singulière, et elle seule, qui a façonné l'image populaire du « brachiosaure ».

Comparaison de taille entre un Giraffatitan d'environ 12 mètres de haut et un être humain de 1,80 m, à la même échelle
Le Giraffatitan face à un humain de 1,80 m. Cou dressé, sa tête culminait à une douzaine de mètres — la hauteur d'un immeuble de quatre étages.

Brachiosaure ou pas ? La fin d'une confusion

Si le Giraffatitan a si longtemps porté le nom de Brachiosaurus, c'est qu'il lui ressemble énormément : les deux sont de proches cousins, deux brachiosauridés bâtis sur le même plan. Mais ressembler n'est pas être identique. Dès 1988, le paléontologue Gregory Paul remarque que le géant de Berlin diffère sensiblement du véritable Brachiosaurus altithorax américain, et propose pour lui le nom de Giraffatitan — prudemment, au rang de sous-genre seulement, faute de matériel suffisant pour trancher. C'est Olshevsky qui l'élèvera au rang de genre en 1991.

La démonstration complète viendra en 2009 : le paléontologue britannique Michael Taylor compare os par os les deux animaux et recense au moins vingt-six caractères qui les séparent — dans les vertèbres du dos et de la queue, le coracoïde, l'humérus, l'ilion et le fémur, les vertèbres dorsales étant les plus différentes. L'écart est aussi grand qu'entre deux genres reconnus. Le géant africain mérite donc bien son propre nom de genre : Giraffatitan brancai.

🔬 Comment les distinguer ?

À première vue, c'est presque impossible — et c'est honnête de le dire : Giraffatitan et Brachiosaurus sont des sosies. Les vraies différences sont des affaires de proportions : le Giraffatitan est plus élancé, avec un tronc proportionnellement plus court et une queue différente, tandis que le Brachiosaure américain avait un corps plus allongé. S'ajoute la géographie : l'un vivait en Afrique (Tendaguru), l'autre en Amérique du Nord (Formation de Morrison). Quant à la fameuse tête à crête… c'est celle du Giraffatitan. Du côté américain, un crâne presque complet exhumé dès 1883 est bien rapporté à Brachiosaurus, mais l'attribution reste discutée : l'incertitude ne porte pas sur l'existence du matériel, seulement sur son identité.

Le brachiosaure que tout le monde croit connaître

Voilà le paradoxe le plus savoureux. Quand vous imaginez un « brachiosaure » — ce géant paisible qui se dresse pour brouter, à la petite tête bombée —, c'est en réalité un Giraffatitan que vous voyez. Pendant un siècle, les reconstitutions, les jouets et les illustrations se sont appuyés sur le crâne de référence de la famille, celui de Berlin — le seul dont l'attribution ne faisait aucun doute, jusqu'à la description en 2010 d'Abydosaurus, un brachiosauridé américain connu par quatre crânes.

Le cinéma n'a pas échappé à la règle. Le tout premier dinosaure que découvrent les héros de Jurassic Park, en 1993 — ce grand sauropode qui se cabre pour atteindre les cimes et fait éternuer la jeune Lex —, est présenté comme un Brachiosaurus. Mais sa silhouette et sa tête à haute crête sont, pour l'essentiel, celles du géant africain. Comme pour bien d'autres stars des écrans, la célébrité s'est trompée d'étiquette.

Un troupeau de Giraffatitan brancai broutant la cime des conifères dans une plaine d'Afrique de l'Est au Jurassique supérieur, lumière chaude de fin de journée
Un groupe de Giraffatitan broutant les hautes cimes dans les plaines de Tendaguru, il y a 150 millions d'années. À cette hauteur, peu de concurrents.

Histoire de la découverte

1906

L'ingénieur Bernhard Sattler repère d'énormes ossements affleurant à Tendaguru, en Afrique orientale allemande.

1909–1913

Les expéditions allemandes de Werner Janensch exhument des centaines de tonnes de fossiles, transportées à dos d'homme jusqu'à la côte.

1914

Janensch décrit le sauropode géant sous le nom de Brachiosaurus brancai.

Années 1930

Le squelette est monté à Berlin : il devient le plus haut squelette de dinosaure exposé au monde.

1988 → 2009

Gregory Paul propose le nom Giraffatitan comme sous-genre (1988), élevé au rang de genre en 1991 ; Michael Taylor établit la séparation générique en 2009, sur au moins 26 caractères.

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Le Giraffatitan est une belle leçon de modestie scientifique : pendant près d'un siècle, le dinosaure le plus haut des musées a vécu sous un nom d'emprunt. Non que personne n'ait rien vu — dès 1919, Richard Lull écrivait ne voir aucune raison de ranger la forme africaine dans le genre américain sur la seule foi de ses membres antérieurs allongés —, mais l'objection est restée lettre morte pendant soixante-dix ans. Il a fallu rouvrir les caisses, recompter les os, pour rendre au géant de Tendaguru son identité africaine. La prochaine fois que vous croiserez un « brachiosaure » dressé vers les cimes, souvenez-vous : il s'appelle sans doute Giraffatitan.

Sources scientifiques et références

  • Janensch, W. (1914). « Übersicht über die Wirbeltierfauna der Tendaguru-Schichten ». Archiv für Biontologie, 3(1), 81–110.
  • Paul, G. S. (1988). « The brachiosaur giants of the Morrison and Tendaguru with a description of a new subgenus, Giraffatitan, and a comparison of the world's largest dinosaurs ». Hunteria, 2(3), 1–14.
  • Taylor, M. P. (2009). « A re-evaluation of Brachiosaurus altithorax Riggs 1903 (Dinosauria, Sauropoda) and its generic separation from Giraffatitan brancai (Janensch 1914) ». Journal of Vertebrate Paleontology, 29(3), 787–806. doi:10.1671/039.029.0309
  • Gunga, H.-C., Suthau, T., Bellmann, A., et al. (2008). « A new body mass estimation of Brachiosaurus brancai Janensch, 1914 mounted and exhibited at the Museum of Natural History (Berlin, Germany) ». Fossil Record, 11(1), 33–38. doi:10.1002/mmng.200700011
  • Witmer, L. M. (2001). « Nostril position in dinosaurs and other vertebrates and its significance for nasal function ». Science, 293(5531), 850–853. doi:10.1126/science.1062681