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La température du T. rex, mesurée sur ses dents

Environ 36 °C : une équipe californienne a « pris la température » du roi des dinosaures grâce aux isotopes de son émail — un résultat solide, mais tiré de trois dents seulement

23 septembre 2026 · Paléontologie · États-Unis

Reconstitution d'un Tyrannosaurus rex au lever du jour au bord d'une rivière, dans un paysage de conifères et de fougères
Reconstitution d'un Tyrannosaurus rex dans le paysage de Hell Creek. Illustration Mondes Perdus, générée par IA : une évocation, non un résultat de l'étude.

Le Tyrannosaurus rex était-il un animal à sang chaud, comme un oiseau ou un mammifère, ou à sang froid, comme un crocodile ? Dans Science Advances, des chercheurs de l'université de Californie à Los Angeles (UCLA) tranchent en partie : en mesurant la température à laquelle l'émail de ses dents s'est formé, ils obtiennent 36,3 °C, une valeur comparable à la température humaine et supérieure à celle des crocodiliens qui vivaient à ses côtés.

Carte d'identité
EspèceTyrannosaurus rex
ÉpoqueCrétacé supérieur, environ 66 millions d'années
GisementFormation de Hell Creek (Montana)
Matérieltrois échantillons de dents : deux de « Thomas » (Natural History Museum of Los Angeles County), une d'un autre spécimen
MéthodeThermométrie des isotopes « agglomérés » de l'émail
Résultat36,3 ± 2,5 °C (erreur standard)
PublicationScience Advances, vol. 12, n° 38 — en ligne le 16 septembre 2026, numéro daté du 18
AuteursR. J. Flores, R. A. Eagle, A. Tripati et sept co-auteurs (dont UCL, Londres)

Un thermomètre caché dans l'émail

On ne peut évidemment pas glisser un thermomètre sous la langue d'un dinosaure disparu depuis 66 millions d'années. L'équipe s'appuie sur la géochimie de l'émail dentaire. Quand le minéral se forme, deux isotopes lourds — le carbone 13 et l'oxygène 18 — ont tendance à se lier l'un à l'autre, et d'autant plus que la température est basse. La fréquence de ces liaisons « agglomérées » sert donc de thermomètre, qui garde en mémoire la température du corps de l'animal pendant la formation de la dent.

Le principe n'est pas nouveau ; la difficulté, c'est la quantité de matière. Selon l'UCLA, il a fallu plus de dix ans pour affiner le protocole et réduire d'environ 90 % la quantité de fossile détruite pour chaque mesure. Ce qui rend le prélèvement acceptable sur des pièces de musée.

Gros plan sur les dents d'un crâne de Tyrannosaurus rex exposé en musée
Détail d'une réplique du crâne de « Sue », au Field Museum de Chicago. Ce n'est pas un spécimen analysé dans l'étude. Photo James St. John, Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

36,3 °C : ce que dit le chiffre

L'analyse des trois échantillons aboutit à une estimation combinée de 36,3 ± 2,5 °C (l'incertitude est une erreur standard). Deux échantillons proviennent de « Thomas », un squelette du Montana conservé à Los Angeles ; le troisième vient d'un autre spécimen (une dent isolée, selon la presse). Pour repère, les crocodiliens contemporains, mesurés sur des dents du même environnement, tournent autour de 31 °C : plusieurs degrés de moins.

Cet écart compte plus que le chiffre lui-même : il constitue un argument en faveur d'une thermorégulation différente de celle des crocodiliens étudiés. Les auteurs y voient un argument pour un T. rex actif, capable d'occuper des régions plus fraîches de l'Amérique du Nord, y compris à haute latitude, là où un animal à sang froid aurait été à la peine.

🔬 « Sang chaud » : un mot, plusieurs réalités

À titre d'ordres de grandeur, qui varient selon les espèces et les conditions : un mammifère se maintient autour de 37 °C, un oiseau entre 40 et 43 °C, un reptile actuel entre 28 et 30 °C (repères du communiqué de l'UCLA). Le résultat place le T. rex au-dessus des crocodiliens fossiles comparés dans l'étude, mais en dessous des valeurs typiques des oiseaux. Une température ne dit pas, à elle seule, si elle vient d'un métabolisme rapide ou de l'inertie thermique d'un corps de plusieurs tonnes : ce débat-là reste ouvert.

Les limites de l'étude

Trois échantillons, c'est peu, et les auteurs le reconnaissent. À cela s'ajoute l'incertitude statistique rapportée (± 2,5 °C). Selon la presse scientifique qui rend compte de l'étude, un biais saisonnier ne peut pas être exclu entièrement ; des prélèvements à différents endroits d'une même dent ont toutefois donné des valeurs cohérentes. Enfin, les valeurs correspondent aux échantillons étudiés et à la période de formation de leur émail, non à toute la vie d'un individu ni à toute l'espèce.

Côté réactions, la paléobiologiste Jasmina Wiemann (Johns Hopkins), citée par PBS NewsHour, indique qu'elle aurait plutôt attendu une température plus élevée, plus proche de celle des oiseaux, à la lumière de travaux antérieurs. Le résultat est donc à rapprocher d'autres méthodes, non à prendre pour le dernier mot.

« Plus élevé que celui d'un reptile ou d'un mammifère lent comme le paresseux, mais plus bas que celui d'un oiseau. » Robert Eagle (UCLA), communiqué de l'université du 16 septembre 2026 (traduction Mondes Perdus)
✦ Pour aller plus loin

Le cousin asiatique du T. rex, Tarbosaurus, a lui aussi sa fiche : la même méthode pourrait, en principe, être appliquée à ses dents et à celles d'autres dinosaures.

Après des décennies de débats sur la physiologie des dinosaures, voici, à notre connaissance, la première mesure de ce type pour le T. rex, obtenue par thermométrie des isotopes agglomérés de l'émail. Elle ne clôt pas la question, mais elle lui donne un chiffre — et une méthode que d'autres équipes pourront appliquer à d'autres dinosaures.

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Sources