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Le dinosaure le plus hérissé du monde sort du Moyen Atlas

Spicomellus afer, plus vieil ankylosaure connu, défie tout ce qu'on croyait savoir sur les dinosaures cuirassés

27 août 2025 · Paléontologie · Maroc

Reconstitution de Spicomellus afer, ankylosaure du Jurassique moyen hérissé de longues pointes au cou et sur le corps
Reconstitution de Spicomellus afer, le plus ancien ankylosaure connu. Illustration Mondes Perdus, d'après les fossiles décrits en 2025.

En août 2025, une équipe internationale a dévoilé dans la revue Nature les restes d'un dinosaure marocain hors norme : Spicomellus afer, le plus vieil ankylosaure jamais identifié, porteur d'une armure que ses descripteurs jugent sans équivalent chez les vertébrés, vivants ou fossiles. Un collier de pointes de près d'un mètre, des épines soudées directement à ses côtes, les indices d'une arme au bout de la queue dès le Jurassique moyen : ce hérisson géant réécrit l'histoire des dinosaures cuirassés.

Carte d'identité
NomSpicomellus afer
Sens du nom« collier à pointes » (latin) ; afer = « africain »
GroupeDinosaure cuirassé (ankylosaure)
ÉpoqueJurassique moyen, ~165 millions d'années
LieuRégion de Boulemane, Moyen Atlas (Maroc)
RégimeHerbivore
Décrit en2021 (1ʳᵉ description) puis 2025 (squelette plus complet)
Signe distinctifPointes soudées aux côtes — unique chez les vertébrés

Un hérisson cuirassé d'une démesure inédite

On connaît les ankylosaures pour leur silhouette de char d'assaut : un corps bas, large, pavé de plaques osseuses, et chez les plus tardifs une lourde massue au bout de la queue. Spicomellus, lui, pousse le concept à un niveau jamais vu. Le long de son cou, une sorte de demi-collier osseux portait une paire d'épines géantes, longues de près d'un mètre, dressées vers les côtés. D'autres pointes en lame couraient sur les épaules, de hautes piques se dressaient au-dessus des hanches, et l'animal arborait même des pointes jaillissant directement de ses flancs.

Le résultat devait ressembler à un buisson d'épines ambulant — une apparence si spectaculaire que les paléontologues eux-mêmes la qualifient de « bizarre ». Et pourtant l'essentiel de cet arsenal est bien attesté par les os — même si le bout de la queue, lui, manque toujours.

Gros plan sur le cou et les épaules de Spicomellus, montrant le collier osseux et ses longues pointes latérales
Le cou de Spicomellus portait un demi-collier osseux d'où jaillissaient deux pointes de près d'un mètre. Illustration Mondes Perdus.

Tout a commencé par une seule côte

L'histoire de Spicomellus est aussi celle d'une découverte en deux temps. En 2021, l'espèce avait été nommée à partir d'un unique fragment : une côte sur laquelle étaient soudées des plaques osseuses. Une configuration inédite, jamais observée chez aucun animal, vivant ou fossile — au point que certains chercheurs se sont d'abord demandé s'il ne s'agissait pas d'un assemblage trompeur.

Le doute est levé en 2025 : un spécimen bien plus complet, sorti des terrains du Moyen Atlas marocain près de Boulemane, confirme l'incroyable anatomie de la bête et en révèle l'ampleur. Il confirme surtout ce que la seule côte de 2021 laissait supposer : Spicomellus est bien le plus ancien ankylosaure connu au monde, et le premier décrit sur le continent africain.

🔬 Un trait unique chez les vertébrés

Des plaques et des pointes osseuses soudées directement aux côtes : on ne connaît cela chez aucun autre animal, ni vivant ni disparu. Chez les ankylosaures classiques, l'armure se forme dans la peau, posée par-dessus le squelette. Chez Spicomellus, une partie de cet arsenal fait corps avec la cage thoracique elle-même — une solution anatomique sans équivalent.

Une arme au bout de la queue, très en avance

Autre surprise, au bout de la queue. Les chercheurs y ont reconnu des vertèbres soudées formant un « manche » rigide, exactement le dispositif qui, chez les ankylosaures plus récents, sert de support à une massue. Le bout de la queue, lui, n'a pas été retrouvé : l'arme elle-même — massue ou autre — reste à découvrir. Or Spicomellus vivait au Jurassique moyen, il y a environ 165 millions d'années — bien avant ce que l'on croyait.

Jusqu'ici, on pensait que ces armes caudales n'étaient apparues qu'au Crétacé inférieur, des dizaines de millions d'années plus tard. La découverte recule donc de plusieurs dizaines de millions d'années la plus ancienne trace connue d'une arme caudale chez les ankylosaures, et suggère que les ankylosaures expérimentaient des armes redoutables bien plus tôt qu'on ne l'imaginait. De quoi éclairer d'un jour nouveau la lignée qui mènera, tout à la fin du Crétacé, à notre Ankylosaurus de Hell Creek.

Une armure pour séduire, pas seulement pour survivre

Pourquoi une telle débauche de pointes ? L'explication défensive, longtemps évidente, ne suffit pas ici. Des épines latérales de cette taille sont coûteuses à produire et encombrantes, font valoir les auteurs, qui avancent donc une autre piste : la parade.

Comme la roue du paon ou les bois du cerf, cet attirail aurait autant servi à impressionner les rivaux et séduire les partenaires qu'à protéger son porteur. Chez les premiers ankylosaures, l'armure aurait ainsi été une affaire de spectacle et de statut social autant que de défense ; elle se simplifie ensuite, chez leurs descendants, pour une fonction apparemment plus strictement protectrice. De quoi bousculer l'histoire qu'on racontait jusqu'ici — sans que le scénario soit tranché.

✦ Pourquoi cette découverte compte

Au-delà de son allure spectaculaire, Spicomellus comble un trou béant dans l'histoire des dinosaures cuirassés, dont les origines, au Jurassique, restaient très mal connues. Il montre que les plus anciens ankylosaures connus étaient bien plus extravagants qu'on ne l'imaginait — et rappelle que l'Afrique du Nord, encore peu fouillée, recèle sans doute quantité d'espèces inédites.

Du Maroc aux musées du monde

La description de Spicomellus est le fruit d'une collaboration entre le Muséum d'histoire naturelle de Londres, l'université de Birmingham et des chercheurs marocains, au premier rang desquels l'université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès. Elle illustre l'importance croissante des gisements nord-africains dans la paléontologie mondiale — et la nécessité d'y associer pleinement les équipes locales, sur des fossiles qui font partie du patrimoine du pays.

Pour les amateurs de dinosaures cuirassés, la leçon est savoureuse : le « char d'assaut » que l'on croyait né pour la seule défense a peut-être commencé par la démesure. La réalité, une fois de plus, dépasse la fiction.

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Sources

  • Maidment, S. C. R., et al. (2025). « Extreme armour in the world's oldest ankylosaur ». Nature, 647, 121–126. doi:10.1038/s41586-025-09453-6
  • Maidment, S. C. R., et al. (2021). « Bizarre dermal armour suggests the first African ankylosaur ». Nature Ecology & Evolution, 5, 1576–1581. doi:10.1038/s41559-021-01553-6
  • Natural History Museum (Londres), communiqué de presse du 27 août 2025 et article « Bizarre armoured dinosaur Spicomellus afer rewrites ankylosaur evolution » (J. Ashworth).
  • ScienceDaily, « Bizarre ankylosaur with giant neck spikes redefines dinosaur evolution », 28 août 2025.