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Dodo : une étape clé franchie vers sa résurrection

Pour la première fois, des cellules capables de transmettre la vie ont été cultivées chez le pigeon — la pièce manquante du puzzle de la dé-extinction de l'oiseau de Maurice

Septembre 2025 · Dé-extinction · Biotechnologie

Reconstitution d'un dodo, Raphus cucullatus, oiseau trapu au gros bec crochu, dans la forêt de l'île Maurice
Reconstitution du dodo (Raphus cucullatus), disparu de l'île Maurice à la fin du XVIIe siècle. Pourra-t-on un jour le faire renaître ?

Ramener le dodo à la vie : le projet sonne comme une promesse de science-fiction. Pourtant, l'entreprise américaine Colossal Biosciences vient d'annoncer une avancée bien réelle — et longtemps jugée hors de portée chez les oiseaux. Ses chercheurs ont réussi, pour la première fois au monde, à cultiver en laboratoire les cellules germinales primordiales du pigeon, ces cellules qui donnent les ovules et les spermatozoïdes. C'est la brique technique qui manquait pour espérer, un jour, faire éclore un oiseau « dodo ».

Carte d'identité de l'avancée
Quoi1ʳᵉ culture en laboratoire de cellules germinales primordiales (PGC) de pigeon
QuiColossal Biosciences (Avian Genetics Group)
QuandAnnoncé en septembre 2025
Espèce viséeDodo (Raphus cucullatus)
Parent vivant cléPigeon de Nicobar (Caloenas nicobarica)
Financement+120 M$ levés (tour porté à 320 M$)
StatutÉtape de laboratoire — pas encore d'oiseau vivant

La brique qui manquait

Faire renaître une espèce disparue suppose de modifier l'ADN d'un parent vivant très proche pour le rapprocher de l'espèce éteinte. Chez les mammifères, on sait le faire : c'est la voie suivie pour le mammouth ou le loup géant. Mais chez les oiseaux, un obstacle bloquait tout : leur reproduction passe par un œuf, et l'on ne peut pas « cloner » un oiseau comme on l'a fait pour la brebis Dolly.

La solution passe par des cellules très particulières, les cellules germinales primordiales (PGC en anglais) : ce sont les cellules qui, dans l'embryon, deviendront les ovules et les spermatozoïdes. Les modifier, c'est s'assurer que les changements seront transmis à la descendance. Encore fallait-il réussir à les faire vivre et se multiplier hors de l'organisme — ce que personne n'avait jamais obtenu chez un pigeon. Après avoir testé plus de 300 « recettes » de culture, l'équipe de Colossal y est parvenue : ses cellules de pigeon sont restées vivantes et saines pendant près de deux mois.

🔬 Pourquoi les oiseaux résistent au clonage

Chez les mammifères, on peut insérer le noyau d'une cellule dans un ovule vidé du sien : c'est le clonage. Impossible chez les oiseaux : l'ovule est un énorme jaune, fécondé par plusieurs spermatozoïdes, impossible à manipuler ainsi. Passer par les cellules germinales primordiales — modifiables, cultivables, puis réimplantables — est donc la seule voie réaliste pour éditer le génome d'un oiseau et transmettre ces modifications.

Du pigeon de Nicobar à l'œuf porteur

Le plan de Colossal se dessine désormais étape par étape. Point de départ : le pigeon de Nicobar, un oiseau d'Asie du Sud-Est au plumage irisé, identifié comme le plus proche parent vivant du dodo. Son génome sert de canevas que l'on cherchera à éditer pour y réintroduire les traits caractéristiques du dodo.

Ces cellules germinales modifiées seraient ensuite injectées dans des embryons d'oiseaux « porteurs » (poules ou pigeons). En grandissant, ces porteurs développeraient dans leurs organes reproducteurs des cellules… de dodo en devenir. Au bout de la chaîne, un œuf pondu par un animal porteur pourrait éclore sur un oisillon porteur des caractères du dodo. Colossal a d'ailleurs constitué au Texas une colonie de pigeons de Nicobar et réuni un comité consultatif à Maurice pour préparer un éventuel retour.

Un dodo dans la brume d'une forêt tropicale de l'île Maurice
Le dodo vivait sans prédateurs dans les forêts de Maurice. Toute « résurrection » devra aussi répondre à une question : quel monde l'attendrait aujourd'hui ?

Un vrai dodo… ou presque ?

Il faut toutefois être clair sur ce qui pourrait naître au bout du processus. Ce ne serait pas, génétiquement, le dodo qui s'est éteint vers 1681, mais un pigeon de Nicobar génétiquement modifié pour lui ressembler — un animal porteur de quelques-uns de ses traits, pas sa copie exacte. C'est la même nuance que pour le très médiatisé « loup géant » présenté par la même entreprise en 2025 : un sosie obtenu par édition génétique, plus qu'une résurrection au sens littéral.

✦ Prouesse technique, débat de fond

L'exploit sur les cellules de pigeon est bien réel et fera date pour toute la biologie aviaire — y compris pour protéger des oiseaux menacés actuels. Mais la « dé-extinction » reste vivement débattue : peut-on parler de retour d'une espèce quand on ne recrée qu'une apparence ? Et un dodo réintroduit retrouverait-il une place sur une île profondément transformée par l'homme et ses animaux ? La technique progresse plus vite que les réponses.

Une chose est sûre : jamais le rêve de revoir marcher un dodo n'aura paru aussi concret. Pour (re)découvrir l'histoire de cet oiseau emblématique, victime de la première vague d'extinctions de l'ère moderne, retrouvez notre fiche complète sur le dodo.

Sources

  • Colossal Biosciences (17 septembre 2025). « Colossal Advances Dodo De-Extinction with World's First Breakthrough in Pigeon Primordial Germ Cells… » (communiqué officiel).
  • Shapiro, B., et al. (2002). « Flight of the dodo ». Science, 295(5560), 1683. doi:10.1126/science.295.5560.1683 (parenté dodo / pigeon de Nicobar).
  • Couverture : Phys.org, Market Realist, D CEO Magazine (septembre 2025).