Le plus vieil ARN du monde extrait d'un mammouth congelé
39 000 ans après, les gènes encore « allumés » d'un mammouth laineux livrent un instantané de sa vie
On savait extraire l'ADN des mammouths depuis longtemps. Mais une équipe de l'université de Stockholm vient de franchir une étape que beaucoup croyaient impossible : lire l'ARN d'un mammouth laineux congelé depuis près de 39 000 ans. C'est le plus vieux jamais séquencé — et, contrairement à l'ADN, il révèle quels gènes étaient réellement actifs chez l'animal, juste avant sa mort.
De l'ADN à l'ARN
L'ADN, c'est le plan de construction d'un être vivant : il contient l'intégralité des gènes, qu'ils servent ou non. L'ARN, lui, est la copie de travail : il n'est produit que pour les gènes effectivement utilisés par une cellule, à un instant donné. Lire l'ARN d'un animal, c'est donc savoir non pas ce qu'il pouvait faire, mais ce que son corps était en train de faire.
Problème : l'ARN est une molécule notoirement fragile, qui se dégrade en quelques minutes dans des conditions normales. Personne ne pensait en retrouver d'aussi ancien. C'est pourtant ce qu'a réussi l'équipe suédoise, en l'extrayant des tissus de mammouths restés congelés des dizaines de milliers d'années.
Yuka, figé depuis 39 000 ans
Le spécimen vedette s'appelle Yuka : un jeune mammouth laineux mort il y a environ 39 000 ans, exhumé du pergélisol sibérien, exceptionnellement bien conservé. C'est dans ses muscles, ainsi que dans la peau et les muscles de neuf autres mammouths congelés, que les chercheurs ont pu récupérer des molécules d'ARN encore lisibles.
Les gènes encore allumés
Que disait cet ARN ? Sur les quelque 20 000 gènes codants du mammouth, seule une partie était active dans le tissu étudié — exactement comme on l'attend d'un muscle. Les chercheurs y ont retrouvé des gènes liés à la contraction musculaire et à la régulation du métabolisme en situation de stress.
Autrement dit, l'ARN a figé un véritable instantané biologique de l'animal dans ses derniers instants : une photographie de l'activité de ses cellules, prise il y a 39 000 ans et conservée par le gel. Du jamais-vu pour une espèce disparue.
Lire l'ADN d'un fossile, c'est consulter le mode d'emploi complet de l'animal. Lire son ARN, c'est voir quelles pages étaient ouvertes au moment où il vivait. Cette « paléotranscriptomique » naissante ouvre une dimension entièrement nouvelle : non plus seulement le génome figé, mais la biologie en action d'organismes éteints.
Un pas de plus vers le retour du mammouth ?
La nouvelle résonne forcément avec les projets de « dé-extinction » du mammouth, candidat numéro un à la résurrection. Recréer l'animal ne suppose pas seulement de connaître sa séquence d'ADN, mais aussi de comprendre comment ses gènes s'allumaient et s'éteignaient — précisément ce que l'ARN commence à révéler.
On est encore loin d'un mammouth ressuscité. Mais cette lecture inédite de son ARN rappelle à quel point le pergélisol sibérien reste une bibliothèque hors norme — où l'on apprend, peu à peu, à lire des livres que l'on croyait définitivement perdus. Pour tout savoir de ce géant de l'âge de glace, retrouvez notre fiche sur le mammouth laineux.
Sources
- Mármol-Sánchez, E., et al. (2025). « Ancient RNA expression profiles from the extinct woolly mammoth ». Cell (réf. S0092-8674(25)01231-0).
- Université de Stockholm, communiqué « The world's oldest RNA extracted from woolly mammoth », novembre 2025.
- Couverture : ScienceDaily, phys.org, NBC News, Chemical & Engineering News (novembre 2025).